Deux soeurs

Deux soeurs
Ses peines la détachent de la communauté urbaine illusoire. Les Pensées dérivent de leur conteneur, et l'Esprit est comme en déliquescence des schémas humains rigides. Il suinte dans les travers de ce qu'elle croît être l'injustice. Une faille d'où surgit la lave brûlante des sentiments refoulée à son éruption par les bouts timides d'un sourire forcé, et laissant comme trace de son retour vers les abysses des douleurs non partagées ces rides creusées de l'intérieur.

Sa façade résiste au temps même s'il n'y paraît pas. La serveuse, une martiniquaise d'origine, s'approche d'elle à grands pas saccadés par les brusques redispositions horizontales des clients ou leurs envies calculées de se lever pour aller aux toilettes. La jeune femme est grande, son sourire naturellement imprimé sur son visage est alourdi par les journées interminables du café de la Trinité. Aude a ce regard qui transperce la coquille des gens instantanément, c'est un don de son père a-t-elle l'habitude de dire. La serveuse est génée d'être l'objet d'autant d'égards non justifiés à première vue. Elle sort un petit bonjour à mesure que son mouvement vers elle se ralentit pour mieux tater la situation étrange.

• Je peux vous aider ?

Elle n'arrêta pas de la fixer, comme si la regarder était un pont vers quelque chose qui la ravivrait. À dire vrai elle ne la connaissait pas et venait de la voir là, lui révélant quelque chose qui l'aguérirait. Une sorte de connexion s'était établie, unidirectionnelle et à laquelle la serveuse voulait trouver une objection, même verbale. Les mots ne sortaient pas, et la serveuse prenait peur.

Chaque endroit de la Ville est comme une matérialisation d'un rêve, d'un cauchemar. Un prolongement spatial des grandes aspirations de chacun de ces citadins, précipitées dans la promiscuité des taudis pour les moins chanceux. Le couloir entre la réussite sociale et la déchéance dans les villes est aussi étroit et illusoire que ................ . Le café sert à s'en rendre compte.
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 13:47

Le choc du Sénégal

Le choc du Sénégal
La violence du choc laisse très vite place à la nécessité de survivre et donc de s'adapter. Rien n'est carré ici, tout est à malaxer de main d'homme, porté par un bras long de préférence. On s'étonne de la désinvolture avec laquelle on arrive à vivre au jour le jour. Après une ou deux semaines d'intégration on en arrive plutôt à se demander comment on peut se subordonner aux agendas serrés et infaillibles des pays où le rythme de la vie est plus soutenu. Ici chaque déplacement est un périple dont on sait rarement l'itinéraire à l'avance. Chaque traversée de ces routes qui ne sont parfaites que sur les maquettes des bureaux de la présidence est un défi à l'équilibrisme. Éviter les bouchons requiert beaucoup d'expérience et d'intuition, les gps ne seraient pas d'une grande utilité aux taximan rodés aux entrailles de la ville. Dakar est bien une ville, faudrait-il le repréciser, car depuis quelques décennies elle n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fût après les Indépendances. Elle est littéralement devenue un dépotoir pour tous ces jeunes malheureux issus de l'exode, toutes ces familles, aisées ou non, françaises, libanaises et de toute autre nationalité qui ont afflué vers ce qui s'approchait plus d'Abidjan depuis les évènements qui ont eu lieu dans cette ville au début du siècle. Sauf que le Sénégal n'a pas eu la même manne financière que son voisin et rival ivoirien. Mais contrairement à "l'Ivoirité", il n'y a pas de notion de Sénégalité. Mais je préviens que c'est latent, l'autre jour encore j'ai assisté à une scène malheureusement habituelle dans les bureaux de Police de Rebeuss et de ceux de plusieurs régions. Deux jeunes soeurs se sont vu refuser (décaler tout au moins) l'obtention de leur carte d'identité sous prétexte qu'elles étaient mandiake et qu'ils fallait donc par la preuve de la filiation parentale montrer leur appartenance à la Nation. Les deux jeunes filles s'exprimaient parfaitement en Wolof, langue qui à ma connaissance n'est parlée qu'au Sénégal.

L'impression de l'anarchie qui surgit lorsque l'on se ballade dans les rues n'est pas fausse. On n'attend plus l'État pour faire régner la justice et l'ordre social. Le peu de discipline civique est le résidu de la conscience de devoir vivre en communauté.
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# Posté le mardi 06 octobre 2009 13:34